Les différentes listes candidates à Laval se sont exprimées récemment lors de 2 débats. Le premier organisé par Ici-Mayenne et Ouest-France, lundi 2 mars. Et le second a eu lieu jeudi 5 mars à l’initiative de la Jeune Chambre Economique de Laval.
Place au Vélo avait également transmis une série de questions aux différents candidat(e)s. Certain(e)s sont venus discuter avec nous mais malheureusement, aucun n’a transmis de réponse formelle à notre grille de questions.
Cependant, ils ont été interpelés à plusieurs reprises dans les débats sur les questions de mobilité par différents auditeurs et il semble donc que les questions de mobilité, et notamment des aménagements cyclables soit effectivement une préoccupation importante des Lavalloises et des Lavallois. Plus importante que celle que lui réservent les candidat(e)s dans leur programme ? Cela reste à voir et ça sera aux électeurs de trancher dimanche prochain.
Mais il nous semblait intéressant de décortiquer les différentes réponses et éléments programmatiques des listes concurrentes et vous donner notre ressenti à l’issue de cette réflexion.

Le débat complet de la JCE peut être visionné ici.
L’article consacré par Ouest-France sur la question du vélo dans le débat des municipales se trouve ici.
Les listes candidates sont présentées par ordre alphabétique du nom de leur tête de liste.
Martine Amelin
La liste de Mme Amelin n’était malheureusement pas présente lors du débat de la JCE. La circulaire diffusée aux électeurs est un texte national et n’aborde pas de sujets locaux et ne parle pas de mobilités. Elle s’est donc assez peu exprimée sur ce sujet publiquement. Cependant, lors du débat organisé par Ouest-France et Ici-Mayenne, elle indique être favorable au développement des transports en commun, en plus du vélo, afin de « permettre à tout le monde de circuler sans être obligé de prendre la voiture ».
Sur ce point, nous ne pouvons qu’être d’accord avec elle. La complémentarité entre les modes doux étant un des fers de lance de notre action.
Florian Bercault
M Bercault, le maire sortant, indique avoir beaucoup agit pendant le mandat écoulé mais qu’il n’est pas toujours facile de trouver des solutions et rappelle que 80% des Mayennais utilisent leur voiture pour se déplacer. Sa priorité est de lutter contre l’autosolisme et de travailler au niveau de l’aménagement du territoire pour « rééquilibrer l’est et l’ouest de l’agglomération ». En traitant les points noirs comme le pont de Pritz, il souhaite « fluidifier les extérieurs pour éviter le flux de transit en centre-ville ». Par ailleurs, il veut rendre les transports en commun plus attractif en proposant d’étendre la gratuité au mercredi, en plus du weekend que l’agglo a mise en place pendant son mandat, mais également en augmentant les cadencements, l’amplitude horaire et par la création de nouvelles lignes quand nécessaire.
Concernant le vélo, il exprime son regret que la note au baromètre vélo de 2025 ne soit pas bonne. Il indique qu’il continuera à développer les aménagements cyclables : passages cyclo-piétons sous la rocade, sur les axes structurants comme l’avenue de Chanzy.
Il indique dans ses priorités d’urbanisme la lutte contre les friches urbaines et mentionne l’aménagement d’un parking du côté nord de la gare, dans le cadre du projet de la ZAC de la Gare et de la nouvelle salle du 6par4 à venir. Selon lui, il y a assez de stationnement voiture en ville et il prend l’exemple du marché du samedi matin où il ne constate pas de saturation des parkings.
Enfin, il exprime son souhait de travailler avec Place au Vélo, et est le seul à s’engager sur une enveloppe budgétaire, en reprenant notre proposition : 30€ par an et par habitant, ce qui revient à environ 3,6 millions d’euros par an, à l’échelle de l’agglo. Cette valeur est issue d’une préconisation de l’ADEME.
Thomas Brisseau
M. Brisseau constate de son côté au contraire un problème de circulation en centre-ville, ainsi qu’au pont de Pritz. Il propose un projet de fluidification, en utilisant notamment les voies sur berge.
Pour lui, le vélo, ce n’est pas uniquement des bandes cyclables. Ca doit être pensé avec des voies séparées, pour la sécurité des cyclistes. Il prévoie donc des pistes cyclables sur ses voies sur berges. On peine cependant à comprendre où il va les mettre. Et comme il est peu probable que le stationnement existant soit supprimé dans un tel projet, on peut craindre que la variable d’ajustement soit justement dans les aménagements cyclables et les trottoirs piétons.
Il indique ne pas vouloir exclure la voiture du centre-ville car ça serait néfaste selon lui aux classes populaires des zones rurales, d’où son opposition aux ZFE (note : il n’y a jamais eu de ZFE ou de projet de ZFE à Laval). Il indique également dans son discours que pour réduire la pollution, il faut fluidifier le trafic automobile car c’est à l’arrêt qu’une voiture pollue le plus selon lui. Nous ne sommes certes pas pour les embouteillages ni pour supprimer complètement la voiture du centre-ville bien évidemment. Mais il faudrait quand même rappeler que les voitures polluent aussi quand elles roulent (et pas particulièrement moins) et d’autant plus qu’elles sont nombreuses (et son projet vise justement à amener encore plus de voitures en ville !).
En suivant sa logique, sa priorité en terme d’urbanisme est l’installation d’un parking, a priori aérien, en centre-ville, car il serait selon lui impossible de se garer en centre-ville. Cause principale selon lui du dépérissement des commerces.
Kamel Ogbi
M Ogbi a présenté dans son programme un projet structurant au niveau de l’agglo qui inclue la gratuité complète des transports en commun et vise à offrir une meilleure desserte. Il parle de parkings en périphérie de la ville et de navettes pour mieux desservir le centre-ville et donc permettre aux gens de ne pas avoir besoin de venir en voiture en centre-ville. Et ainsi améliorer la vie économique et les commerces.
On serait cependant tenté de lui rappeler que de tels parkings existent déjà (depuis des années) : les parking Relais « Park & Ride » (P+R) , à chaque bout des 2 lignes principales (A et B) des TULs. Leur localisation permet d’arriver à l’un d’entre eux depuis n’importe quel côté de Laval assez aisément en voiture. Ils sont par ailleurs gratuits. Et que la fréquence de ces lignes (10 à 12 minutes maximum en heure de pointe) et la durée du parcours (6 à 10 min selon la branche concernée) permet d’accéder au centre-ville assez rapidement. Cela pourrait certainement être amélioré mais visiblement, ce n’est pas l’absence de solution alternative qui pousse les automobilistes hors-Laval à persister à venir en ville en voiture.
Concernant les aménagements cyclables, sa position est de demander aux citoyens de se prononcer sur leur nécessité. Il parle de référendums pour cela, pour établir un diagnostic sur les pistes cyclables réellement nécessaires et prioritaires : « Si les citoyens nous disent : “Il n’y a pas besoin de pistes cyclables”, on n’en fera pas » . Au-delà de la question pratique (comment organiser de telles consultations ?), nous rappelons que le Baromètre Vélo 2025 a déjà permis à plus de 600 cyclistes Lavallois de se prononcer sur les priorités d’aménagements.
Samia Soultani-Vigneron
La partie mobilité du programme de Mme Soultani a notamment été présenté dans le débat de la JCE par M. Renié, qui se trouve être un cycliste du quotidien. Pour autant, il énonce, et c’est une citation, que la « circulation est devenue un enfer qui tue l’attractivité de notre centre-ville », pendant ce dernier mandat. Cela « pèse sur notre quotidien ».
Il faut « arrêter d’expérimenter à tout va », agir en concertation mais vite et avec bon sens. La priorité serait, comme d’autres l’ont dit, de fluidifier les points noirs comme le pont de Pritz (Mme Soultani reprend donc là le projet annoncé par M Richefou de doubler ce pont) et surtout « ne pas contraindre personne, mais encourager les pratiques vertueuses ». Leur programme repose donc sur un plan pluriannuel de voirie pour supprimer les nids de poules. Il est vrai que certaines réparations récentes laissent à désirer (le secteur Pillerie est mentionné, où, effectivement, les trous se sont reformés par endroits seulement 3 mois après leur rebouchage).
Par ailleurs, selon elle aussi « No parking, no business » : les commerces de centre-ville seraient asphyxiés par le manque de stationnement et les embouteillages. Aussi, elle se prononce pour un nouveau parking en centre-ville. Elle évoque dans son programme un parking souterrain sous le square de Boston.
Dans le débat OF/Ici Mayenne, elle dit « Il ne faut pas qu’on impose notre mode de vie à l’ensemble des administrés ». On peut lui retourner la question : les automobilistes n’imposent-ils pas depuis des décennies leur mode de vie (et leurs contraintes) à tout le monde ? Son programme parle de « Clarification et sécurisation des doubles-sens cyclables ». Envisage t’elle de supprimer ce qui est pourtant la règle par défaut au regard du code de la route (dans toutes les rues limitées à 30 km/h ou moins) ? Et pourtant elle mentionne dans son programme sa volonté de créer 3 continuités cyclables (axe nord/sud, axe est/ouest et tout autour de la ville).
Nos conclusions
De façon générale, on voit en effet que les questions de mobilité et du vélo en particulier se sont imposées dans le débat public. Quel que soit leur bord politique, tous les candidats s’imposent d’avoir un point de vue sur ce sujet, qu’il soit argumenté ou superficiel. Assumé ou purement factice.
On regrette cependant qu’il soit pour plusieurs d’entre eux, essentiellement traité sous la logique de l’affrontement entre les véhicules motorisés et les cyclistes. Et que ce que l’on donnerait à l’un serait une dépossession de l’autre.
Concernant la problématique du commerce, on constate que de nombreux candidats voient avant la désaffection des commerces de centre-ville (problématique réelle) uniquement via la lorgnette du « je peux pas me garer » ou « c’est impossible d’accéder (en voiture) en centre-ville ». A ce sujet, on lira avec intérêt cet article de Ouest-France, où le sociologue David Lestoux nous explique que l’effet combiné de l’arrivée de la GenZ, le vieillissement de la population, et le changement des modes de consommation, va rendre totalement obsolète le modèle commercial périphérique, tout autant que le principe d’accéder aux commerces en voiture (qu’ils soient en périphérie ou en centre-ville). Et que ce phénomène est déjà en court. A le lire, le principe « No parking no business » est déjà mort (chose que nous essayons de faire comprendre aux commerçants de centre-ville depuis longtemps), et toutes les politiques qui visent à tenter de reproduire en centre-ville ce qui a fait par le passé l’attrait de la périphérie, sont vouées à l’échec : en effet, les centres commerciaux sont déjà en perte de vitesse, tout autant si ce n’est plus vite encore que les commerces de centre-ville.
Nous ne vous donnons volontairement pas de « consigne de vote », ce qui serait contraire à nos principes et au fonctionnement de notre association. A la lecture de cet article, on peut avoir l’impression que certains programmes nous semblent plus favorables au vélo que d’autres (et ce n’est qu’une grille de lecture parmi d’autres). Cependant, nous avons d’une part toujours pris l’habitude par le passé de travailler avec tous les maires qui se sont succédés, et d’autre part, nous n’avons pas vu d’éléments déterminants qui nous permette d’être certains que les annonces, de tout bord, et dans un sens comme dans l’autre, qui ont été faites, ne soient autre chose que des annonces. En d’autres termes, il est possible, voire probable, que quel que soit le(la) prochain(e) maire de Laval, la question des mobilités et de la place du vélo dans l’espace public devra continuer à être défendue tout aussi âprement dans les années à venir que ça l’a été par le passé, afin de ne pas rester (encore) « la cinquième roue du carrosse ».



mardi 10/03/2026 14:00 - 17:00